L'argent est-il vraiment bloqué jusqu'à la retraite ? Oui, sauf dans 6 cas de déblocage anticipé
L’épargne versée sur un PER est en principe indisponible jusqu’à votre départ à la retraite : c’est le prix à payer pour bénéficier de l’avantage fiscal à l’entrée. Ce blocage constitue d’ailleurs la principale différence avec l’assurance-vie, disponible à tout moment. Néanmoins, la loi prévoit six situations permettant de récupérer vos fonds par anticipation, avant même la retraite.
Les accidents de la vie constituent le socle le plus large de ces dérogations. Il s’agit du décès du conjoint ou du partenaire de PACS du titulaire, de l’invalidité — que ce soit celle du titulaire lui-même, de ses enfants, de son conjoint ou de son partenaire de PACS —, de la situation de surendettement, appréciée au sens du code de la consommation, et de l’expiration des droits à l’assurance chômage. Sur ce dernier point, le PER se montre plus souple que les anciens produits d’épargne retraite : il n’est pas exigé que la perte d’emploi résulte d’un licenciement. Une démission, la fin d’un CDD ou une rupture conventionnelle ouvrent également droit au déblocage, dès lors que les droits au chômage sont épuisés.
Deux cas concernent plus spécifiquement les dirigeants et les indépendants. D’une part, la révocation ou le non-renouvellement d’un mandat social (administrateur, membre du directoire ou du conseil de surveillance), à condition que le titulaire n’ait pas été titulaire d’un contrat de travail ou d’un autre mandat social depuis au moins deux ans. D’autre part, la cessation d’activité non salariée suite à une liquidation judiciaire, ou toute situation reconnue comme telle par le président du tribunal de commerce — un cas qui, selon une position récente de l’AMF (juillet 2025), pourrait même s’appliquer à un ancien PER collectif détenu au titre d’une précédente activité salariée, alors que le titulaire n’est plus salarié de l’entreprise concernée.
Deux cas supplémentaires, propres au PER, viennent enrichir ce dispositif par rapport aux anciens contrats. Depuis le 1er janvier 2024, le titulaire âgé de moins de 18 ans à la date de la demande peut débloquer son plan. Et surtout, l’acquisition de la résidence principale — le cas le plus fréquemment mobilisé en pratique — permet un déblocage anticipé, qu’il s’agisse d’un bien neuf ou ancien. Attention toutefois : ce cas ne s’applique qu’aux versements volontaires, à l’épargne salariale et aux droits inscrits sur un compte épargne-temps (dans la limite de 10 jours) ; les sommes issues des versements obligatoires ne sont, elles, jamais éligibles à ce déblocage. Par ailleurs, seul le montant correspondant à votre apport personnel peut être débloqué, et non l’intégralité de l’épargne constituée.
Sur le plan fiscal, les sorties liées aux accidents de la vie (décès, invalidité, surendettement, chômage) bénéficient d’une exonération totale d’impôt sur le revenu sur la part correspondant aux versements. Seule la fraction correspondant aux intérêts reste soumise aux prélèvements sociaux, au taux de 18,6 % depuis le 1er janvier 2026. En revanche, la sortie anticipée pour acquisition de la résidence principale ne bénéficie pas de cette exonération : elle est imposée dans les conditions de droit commun, comme une sortie classique à la retraite.
Un point de procédure à connaître : aucun délai légal n’encadre la demande de déblocage anticipé, mais elle doit être formulée dans un délai raisonnable après la survenance de l’événement déclencheur. La jurisprudence a validé, pour un contrat Madelin, un délai de deux ans — une référence transposable au PER. Attention également : une fois l’âge légal de la retraite atteint, il n’est plus possible de se prévaloir des cas de sortie anticipée : la sortie s’effectue alors selon les règles classiques de la retraite.

